mercredi 23 septembre 2009

souvenirs de la creuse

Quelques Dictons creusois pour le plaisir....

* « Temps blanc ramène la bergère des champs. »
* « La gelée blanche passe sous la planche. »
* « Quand on cret tcheure, son fou(r) tombe. » Quand on croit cuire, la chaleur du four tombe.
(espérance déçue)
* « Chat mita n’a jamais prés de rat. » * Chat ganté n'a jamais pris de rat.
* « Comme la carcailla : quand all’ a le sa(c), all’ a
pas le bia. »
* Comme la caille : quand elle a le sac, elle n’a pas
de blé.
* « Las tridés chant(e)rint pas comme los merlés. » Les grives ne chanteront pas comme les merles
(= Il y aura de grosses difficultés.)
* « A la mi-février, la boune merlasse coué. A la mi-février, la bonne merlette couve.
* A la mi-mar(s), la mèr’ all’ part. A la mi-mars, la mère part.
* Entre mar’ et avri’, in bon merle souove los
petits. »
* Entre mars et avril, un bon merle sauve les petits.
* « Entre mar’ et avri’, on sa(it) si l’coucou é mort ou
en vie. »
* Entre mars et avri, on sait si le coucou est mort
ou vivant.

Les indemnités d’accident du travail bientôt imposées ?

La ponction continue, après la taxe carbone, notre gouvernement ne sait plus ou taper pour trouver des sous....

C’est Jean-François Copé qui l’affirme dans une interview aux Echos ce matin. Et le ministre du Budget Eric Woerth le confirme...


Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale aux salariés victimes d’accidents du travail vont être soumises à l’impôt à partir de 2010, ce qui rapporterait "150 millions d’euros’’ , selon Jean-François Copé.

Le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale s’exprime en ce sens ce matin dans les colonnes des Echos.
"C’est un revenu qu’il s’agit de soumettre à l’impôt. Cela n’a rien de choquant. C’est de la coproduction budgétaire", ajoute Copé.

L’idée - le projet ? - a été confirmée ce matin sur LCI par Eric Woerth, ci-devant ministre du Budget.
"Toutes les indemnités journalières sont soumises à impôt (...) parce que c’est un revenu de remplacement, et il est assez naturel de fiscaliser de la même manière que les revenus du travail le revenu qui remplace le travail’’.

"C’est une proposition qui revient quasiment chaque année, c’est une proposition qui nous semble assez logique de la part du groupe UMP de l’Assemblée nationale et de Jean-François Copé’’, a conclu le ministre du Budget.

Il faut préciser que cette mesure de loi est proposée chaque année par des parlementaires, qui se sont jusque là toujours heurtés au refus du gouvernement.

Nouveau à Evaux les bains


Alors que nous enregistrons cette année la fermeture de trois commerces, d'autres innovent.
Le garage GOMIS à Evaux les bains, en plus de son travail très sérieux pour tous véhicules et machines de jardin (tondeuses, motoculteur) vous propose un nouveau service. Un lavage haute pression de nouvelle technologie pour voiture et/ou autres comme laver vos chaises de jardin au printemps, tondeuses....

A votre service 24/24, un service de qualité supplémentaire pour la ville.

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La place de l'hôtel d'Evaux les bains , place des arts !

Hier en fin d'après, ce tenait à l'initiative de l'association "Coup de pouce", la première exposition picturale au 15 de la place de l'hôtel de ville.

Un public nombreux avait répondu à l'invitation de madame Natashka Taï, présidente de l'association et Lyliane Laurent.

Une première exposition qui devrait donner le coup d'envoi d'une saison artistique pour la ville d'Evaux les bains.

La place de la mairie devient'elle " la place des arts"?

En effet alors que les commerces ferment, les lieux d'expos s'ouvrent. L'atelier du peintre DOM, la salle d'expo de Coup de pouce et la boutique de l'été de l'office de tourisme.

Un élan artistique à Evaux les bains sans élan d'encouragement. Une exposition grande par la qualité et la diversité mais qui suscite que peux d'intérêt au regard de la municipalité qui à brillée par son absence .

Hadopi 2 : la loi adoptée en CMP sans modification

7 députés et 7 sénateurs, réunis en commission mixte paritaire, ont validé 100% de la version Hadopi 2 adoptée par l'Assemblée nationale. Le vote définitif du Parlement serait bouclé le 22 septembre.

Après le vote solennel survenu à l’Assemblée nationale mardi 15 septembre, le projet de loi contre le téléchargement illégal sur Internet a été adopté dès mercredi en commission mixte paritaire (regroupant 7 députés et 7 sénateurs), qui s’est tenue au Sénat.

Selon les éléments fournis par Michel Thiollière, rapporteur UMP du texte au Sénat, c’est la version votée la veille par l’Assemblée nationale qui a été adoptée par la majorité UMP et centriste de la CMP. La gauche PS et PCF a voté contre. “Il n’y a pas eu de modifications”, selon le sénateur.

La prochaine étape sera le vote définitif du Parlement. Les sénateurs devront se prononcer le lundi 21 septembre. Les députés suivront le lendemain.

Rappelons que les parlementaires socialistes ont déjà annoncé leur intention de saisir le Conseil constitutionnel pour contester la loi Hadopi 2, comme cela avait été le cas pour Hadopi 1.

mardi 22 septembre 2009

la ville de Montluçon sur le pied de guerre

Pas grand monde dans les rues à Montluçon, à part les forces de l'ordre. hélicoptère, policiers à chaque carrefour. Tout est calme, il fait bon de rouler avec les 31° en ce premier jour d'automne.

Avant de céder le pupitre mardi après-midi à son collègue de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie a tenté, lundi, de rassurer les cadres de la gendarmerie réunis pour trois jours à Montluçon.

Sur le thème de « la lutte contre la délinquance », autour duquel 370 officiers généraux et supérieurs débattent jusqu'à demain soir à l'École de gendarmerie, la ministre de la Justice a promis que le projet de loi pénitentiaire (qui devrait être rédigé pour l'été 2010 a-t-elle annoncé) s'attaquerait à la question des 30.000 personnes condamnées chaque année dont les peines ne sont jamais exécutées. « C'est la crédibilité de la Justice et des forces de l'ordre, qui est en jeu ».

Pour y répondre, Michèle Alliot-Marie évoque le développement des peines d'intérêt général et des bracelets électroniques.

Michèle Alliot-Marie s'est également voulue tranquillisante sur l'extension des aménagements de peines, « dont seront exclus les récidivistes ». Là encore elle a indiqué que les travaux d'intérêt général et les bracelets électroniques pourraient s'appliquer aux personnes condamnées à une peine d'emprisonnement ferme de moins de deux ans (contre un actuellement).

Michèle Alliot-Marie, qui avait déjà fréquenté les Rencontres de Montluçon comme ministre de la Défense, puis ministre de l'Intérieur, s'est réjoui que la loi relative à la gendarmerie, votée le 3 août, ait « clarifié et conforté » les missions de la gendarmerie. En retour, elle a demandé aux militaires d'être exemplaires dans la clarté de leurs procédures : « veillez à la précision et à la qualité des informations que vous transmettez aux Parquets ».

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la saison des couleurs, l'automne

Aujourd'hui 22 septembre 2009, sonne l'heure de l'automne.
Une saison avec toutes ses couleurs, ses fruits, ses champignons, sa chasse (attention sur les routes), ses grèves, sa grippe A...

L'automne est l'une des quatre saisons des zones tempérées. Elle se place entre l'été et l'hiver.

Du point de vue astronomique, l'équinoxe d'automne (le 22 septembre dans l'hémisphère nord et le 21 mars dans l'hémisphère sud) devrait marquer le milieu de l'automne, et le solstice d'hiver (le 21 décembre dans l'hémisphère nord et le 21 juin dans l'hémisphère sud, c'est-à-dire le moment ou le soleil est au plus bas) devrait marquer le milieu de l'hiver.

Mais les températures journalières ne diminuent de façon marquée que plusieurs semaines après le 7 août (début astronomique théorique de l'automne), la terre et la mer mettant un certain temps à se refroidir.

Par conséquent, en météorologie, l'automne correspond aux mois de septembre, octobre et novembre dans l'hémisphère nord et de mars, avril et mai dans l'hémisphère sud.
Dans le calendrier républicain français, l'automne est la première saison de l'année et comprend les mois de vendémiaire, brumaire et frimaire. Ces "saisons" étaient toutefois decalées par rapport aux saisons météorologiques conventionnelles. La date officielle du début de l'automne peut varier selon les pays.

Les maçons de la Creuse

Après diverses conversations, je me suis rendu compte que de nombreuses personnes et notamment "les migrants, comme moi", ne connaissons pas l'histoire enrichissante et valorisante des maçons de la Creuse.

Dès la fin du Moyen-Âge, les ouvriers de la Creuse (maçons, charpentiers, tailleurs de pierre, tuiliers, plâtriers, peintres, serruriers...) partaient à pied sur les routes de France, notamment vers Paris, Lyon, Bordeaux, La Rochelle.
Ils partaient au printemps et revenaient avant l'hiver. Les conditions de vie et de travail étaient rudes. Ils participèrent à la construction des cathédrales (Notre Dame de Paris), des palais (Palais des Papes à Avignon), des hôtels, des maisons.
À partir de 1850, ils s'instruisent et participent aux luttes politiques.

Un peu d'histoire.

Dans toutes les communes du département de la Creuse, beaucoup d'hommes partaient tous les ans dans les grandes villes de France sur les chantiers du bâtiment et des travaux publics pour se faire embaucher comme maçon, charpentier, couvreur...
C'est ainsi qu'ils participent à tous les grands chantiers de bâtiment et des travaux publics à travers la France. En 1627, M. de Pompadour, lieutenant général du Limousin, envoie, à la demande de Louis XIII, des maçons creusois travailler à la construction de la Digue de Richelieu de La Rochelle[1]. Au XIXe siècle, ils travaillent à la construction du Paris du préfet Rambuteau puis du baron Haussmann.La Creuse manque de ressources naturelles et de terres riches pour l’agriculture. De nombreuses familles vivent sur des petites exploitations agricoles qui ne leur permettent pas de subsister. Ainsi certains Creusois doivent quitter leur terre natale pour servir de main-d’œuvre sur les grands chantiers de construction, principalement dans les régions de Paris et de Lyon.
Alors que la Creuse, faute de matières premières et de capitaux, reste un département à vocation essentiellement paysanne, il se développe au sein des populations un esprit politique contestataire. En effet les conditions de travail sur les chantiers sont particulièrement difficiles, ce qui conduit, bien souvent, les maçons de la Creuse, à se syndiquer afin d'obtenir des conditions de travail acceptables.
Les maçons de retour au pays incitent souvent leurs enfants à suivre une instruction alors que la tradition et les besoins économiques les orientent plutôt vers le travail à la ferme dès leur plus jeune âge.
Martin Nadaud, le plus célèbre des maçons creusois, fut élu député. Il défend l'instauration de retraites ouvrières en 1879, de protections contre les accidents de travail, sur lesquels il intervient à plusieurs reprises (1881, 1883 et 1888) pour faire reconnaître la responsabilité de l'employeur (loi de 1898). Il demande aussi l'amnistie des Communards et se bat pour le développement d'un enseignement laïc dans chaque département, soutenant la loi du 28 mars 1882 (loi Ferry) sur l'instruction publique. Comme élu local, sa grande fierté est d'avoir obtenu la réalisation de la ligne de chemin de fer de Bourganeuf à Vieilleville, inaugurée en 1883.

Par ailleurs, initialement temporaire de mars à novembre, l'émigration devint définitive au début du XXe siècle : ainsi la Creuse perdit la moitié de sa population entre 1850 et 1950.

Le maçon était tenu de faire viser sur son livret ouvrier son dernier congé par le maire ou son adjoint, et de faire indiquer le lieu où il se proposait de se rendre. Tout maçon qui voyageait sans être muni d’un livret ainsi visé était réputé vagabond, et pouvait être arrêté et puni comme tel.

Ce livret devait être paraphé selon les villes par un commissaire de police ou par le maire ou l’un de ses adjoints. Le premier feuillet portait le sceau de la municipalité, et contenait le nom et le prénom du maçon, son âge, le lieu de sa naissance, son signalement, la désignation de sa profession et le nom du maître chez lequel il travaillait. Le livret ouvrier comportait aussi un rappel de l'interdiction des coalitions d'ouvriers.

Environ la moitié des maçons de la Creuse se dirigeaient vers Paris et les départements périphériques. La majorité des autres, surtout du sud de la Creuse allaient travailler à l'est vers Lyon, Saint-Étienne...

La hiérarchie chez les maçons , voici ce qu’écrivait Louis Bandy de Nalèche (1828-1879), avocat et politicien libéral, dans son ouvrage « Les maçons de la Creuse » publié en 1859 :

« L’art de la maçonnerie n’a pas fait de sensibles progrès ; nous trouvons dans le Dictionnaire des arts et métiers de Lucotte, architecte, la nomenclature des ouvriers en bâtiment, qui en 1783 était exactement la même qu’aujourd’hui.
La voici :

1. Le premier et le chef des ouvriers est l’architecte. Son emploi est de faire les plans et les élévations des bâtiments, d’en diriger tous les détails, de dresser les devis et marchés, et de régler les prix lorsque les ouvrages sont terminés. Dans les grands édifices, il est aidé ordinairement des contrôleurs, inspecteurs, sous-inspecteurs et autres architectes inférieurs.

2. Après l’architecte, le premier ouvrier est le maître maçon. Son emploi est de conduire la maçonnerie du bâtiment, suivant les plans et élévations qui lui sont donnés par l’architecte ou ses préposés, de fournir tous les matériaux, de les employer, d’en diriger l’économie, ce qu’on appelle entreprise.

3. Le deuxième ouvrier est le maître compagnon, homme de confiance et instruit dans l’art, qui agit pour les intérêts du maître maçon et en son absence. Son emploi est de donner tous les soins à la main-d’œuvre, de faire l’appel des ouvriers le matin et le soir, et son rôle pendant la journée, de donner des récépissés des matériaux à mesure qu’ils arrivent, d’emmagasiner et prendre soin des équipages et ustensiles, en un mot, de veiller à l’économie générale du bâtiment.

4. Le troisième est l’appareilleur. Son emploi est de construire les épures (dessins détaillés des voûtes), d’après les détails du maître maçon, d’appareiller les pierres et d’en fixer la dimension. Le prix de sa journée est d’environ 3 livres à Paris. Il est quelquefois aidé par ses compagnons ou garçons du tas, appareilleurs inférieurs ; le prix de la journée est moindre.

5. Le quatrième ouvrier est le tailleur de pierre. Son emploi est de tailler la pierre et de lui donner les formes qu’elle doit avoir, suivant les dimensions que lui a données l’appareilleur. Le prix de sa journée est depuis 35 jusqu’à 45 sous.

6. Le cinquième ouvrier est le poseur. Son emploi est de mettre en place les pierres, de les poser de niveau et à plomb, et d’en scier les joints lorsqu’il est nécessaire. Le prix de sa journée est d’environ 45 sous.

7. Le sixième ouvrier est le scieur de pierre dure. Son emploi est de scier les pierres dures à la scie sans dents, à raison de 4 à 5 sous le pied carré, pour les pierres ordi¬naires, et jusqu’à 10 sous pour les pierres de liais.

8. Le septième ouvrier est le scieur de pierre tendre. Son emploi est de scier les pierres tendres à la scie à dents. Prix de journée de 35 à 40 sous.

9. Le huitième ouvrier est le compagnon maçon. Son emploi est de construire les ouvrages en plâtre. Gain 40 sous par jour.

10. Le neuvième ouvrier est le limousin. Son emploi est de construire les ouvrages en mortier. Gain 36 sous par jour.

11. Le dixième et dernier ouvrier est le manœuvre. Son emploi est de faire les ouvrages bas et rudes et de servir les autres. Gain 25 et 30 sous par jour.

12. Ceux qui servent les maçons (un seul pour chacun) battent le plâtre, le passent, le gâchent et le portent aux maçons pour l’employer.

13. Ceux qui servent les poseurs, au nombre de deux ou trois pour chacun, les aident à porter, lever, rouler les pierres dans leur place.

14. Ceux qui sont employés aux chariots sont six pour les traîner et un ou deux suivent par derrière, chargés chacun d’eux d’une pince pour aller à la roue.

15. Ceux qui sont employés à barder les pierres, c’est-à-dire à les mettre en chantier et à les remuer, appelés bardeurs (onzième ouvrier), sont par bandes de trois ou quatre chacune, s’entraidant mutuellement, un d’eux conduisant la bande.

16. Ceux qui sont employés aux engins sont plus ou moins nombreux, suivant les besoins.

17. Un douzième ouvrier, employé par le maître maçon, et qui n’est appelé que lorsque le bâtiment est fini, est le toiseur. Son emploi et souvent son seul talent est de savoir toiser toutes les parties du bâtiment suivant les usages et la loi, d’en dresser les mémoires et d’y mettre des prix relatifs aux marchés et à l’espèce d’ouvrage. Le prix de son travail est ordinairement de 10 pour 1.000, mais un peu moins pour les grands édifices. »

Une page d'histoire de la Creuse. La crise actuelle, ouvrière et agricole, la désertification des services public redonneront certainement des airs éxode rural.

Les Réunionnais de la Creuse, une histoire française

Trois scientifiques publient leur analyse de la « déportation » des enfants réunionnais en Creuse.
Le procès contre l’État doit avoir lieu en mars.

Mille six cents enfants et adolescents ont été contraints par les services de l’État de quitter la Réunion, entre 1963 et 1982, et de vivre en métropole. Initiée par Michel Debré, député de la Réunion, ex-premier ministre de de Gaulle, l’opération devait pallier la surpopulation de l’île et repeupler soixante-cinq départements, au premier titre la Creuse, le Tarn et le Gers. L’affaire a commencé à faire de sérieux remous en 2002, quand un déplacé, Jean-Jacques Martial, réclame en justice un milliard et demi d’euros en réparation d’« enlèvement et séquestration de mineur, rafle et déportation ». Le montant astronomique doit briser la barrière du silence. Il réussit. Une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales, diligentée par Élisabeth Guigou, alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité, accouche d’une souris : « Les modalités de départ respectaient globalement la législation en vigueur », estiment les auteurs, qui préconisent de favoriser l’organisation de voyages.

Une telle désinvolture ne pouvait suffire à étouffer la souffrance. Les associations réunionnaises Rasinn Anlèr et Génération brisée saisissent le tribunal administratif de Saint-Denis de la Réunion. L’association Réunionnais de la Creuse dépose onze plaintes devant le tribunal de grande instance de Paris. Ce procès en pénal, prévu pour ce mois de décembre, est reporté, à la demande de l’association,

à fin mars. Mais à Guéret, le Cercle des amitiés créoles de la Creuse, initiateur du festival Kreuzéol, s’est désolidarisé de toute action en justice, ne souhaitant pas revenir sur le passé.

Dans ce contexte, trois universitaires d’Aix-en-Provence, Gilles Ascaride et Philippe Vidale, sociologues, Corine Spagnoli, historienne, ont obtenu du conseil général de la Creuse le financement d’une étude rendue publique à Guéret mercredi dernier. Tristes tropiques de la Creuse, réfute le terme de « déportation » et prône celui de « transfert ». Selon les auteurs, déportation renvoie à la Shoah et à l’extermination systématique. « Transfert » qualifie donc l’organisation systématique du départ de bébés, d’enfants et d’adolescents vers un lieu inconnu, glacé, à plus de 13 000 kilomètres de leur île natale, vers des foyers impersonnels et des fermes reculées, avec, plus ou moins, l’assentiment de parents à qui l’on a fait miroiter la scolarisation des enfants et la promesse de leur retour.

La recherche scientifique s’est heurtée à la culture du secret. Les directions des affaires sanitaires et sociales des deux départements ont refusé la consultation des dossiers privés. La demande d’accès au fonds Michel-Debré s’est vu opposer « une rigidité administrative des Archives de France ». Autant de documents auxquels l’IGAS aurait eu facilement accès pour se livrer à une véritable enquête. Les scientifiques ont donc travaillé à partir d’archives accessibles et d’interviews d’ex-mineurs, de familles réunionnaises et de responsables politiques et administratifs, mais n’ont pu réaliser de véritable bilan de l’opération.

Ils analysent la situation de l’île en 1960, la « politique migratoire » de Michel Debré, le rapport de l’IGAS et les associations des Réunionnais creusois. De ces mémoires, identités et logiques d’actions, il ressort qu’il n’existe pas de communauté réunionnaise homogène, même l’appartenance à une identité propre se révèle aléatoire. La phrase : « on m’a effacé le disque dur » devient symbole. Les opinions et les vies sont écartelées : faire table rase du passé ou revendiquer la reconnaissance des souffrances subies, voire leur réparation. Sans oublier les Creusois d’origine, partagés entre intentions humanitaires, exotisme et culpabilisation à mauvais escient. Et, à des milliers de kilomètres, les familles réunionnaises louvoyant entre mauvaise conscience et révolte.

Tout ce creuset fait dire aux auteurs qu’il s’agit bien d’une affaire d’État. Un État colonial qui tremblait sur ses bases, mais conservait sa vision d’empire, un État jacobin pour qui la Réunion est la France au même titre que Paris ou le Puy-de-Dôme. Même si Michel Debré fut déterminant. « Purs produits d’une affaire d’État et d’un abus de pouvoir, les Petits Poucets des antipodes peuvent au minimum poser la question de la légitimité de leur transfert. Comme l’État ne s’est pas posé la question ou y répond par des rapports contestables, certains iront demander justice à la justice. À chaque fois qu’une question politique et historique n’est pas traitée politiquement et historiquement, elle finit devant les tribunaux. Ou plutôt, elle y commence… » Gilles Ascaride souligne : « Il est impossible de faire l’économie du débat, il y a trop de non-dits. Cette affaire est un moment de l’histoire de France que la France doit assumer. »

Simon A-Poi, président des Réunionnais de la Creuse, précise : « Il ne faudrait pas croire que l’on va étouffer notre voix et nous amener à retirer nos plaintes. Nous irons jusqu’au bout. » Le Cercle des amitiés créoles s’insurge contre la critique de sa démarche. Le conseil général de la Creuse organise, avant le procès, une table ronde. Rien à voir avec l’histoire.